Attention, que l'on aime ou pas, voici un CD qui sort incontestablement du lot et si vous avez assisté à leur concert à Saint-Chartier cet été (2005) (voir les photos ici) , vous avez pu vous en rendre compte (ils ont d'ailleurs vendu tous les CD qu'ils avaient pris avec eux à l'issue de cette prestation : comme l'avouait après cet épisode, J.M. Péru, coproducteur avec J. Lanfranchi de ce CD: " Je ne suis pas habitué au succès… ").
Cela démarre efficacement mais relativement classiquement par une bourrée à 2 temps qui balance bien dans l'esprit dit " bourbonnais " d'aujourd'hui : pas de doute, sur ce terrain là Julien Barbance (arrangeur et membre de la Fraternelle de Cornemuses du Centre, connu également pour son duo avec J. Lanfranchi) et Grégory Jolivet (l'un des meilleurs jeunes vielleux actuels) n'ont rien à craindre. Ils sont, de plus, solidement épaulés par la contrebasse de J.L. Cayzac et les percussions de Marc Riou. La surprise vient à la seconde plage, lorsque
Julien, non content de manier les tuyaux, se pique également de chanter et… à sa manière... Je dois avouer que la première écoute ne m'a pas entièrement convaincu : sa petite voix ne répond pas vraiment aux canons habituels et son phrasé "déstructure" sans détour mélodies et rythmes (de l'art de la syncope utilisée presque à outrance). Et pourtant, une ou deux écoutes supplémentaires suffisent largement à se laisser convaincre : pire, ces chansons vous trottent ensuite dans la tête et impossible de rechanter les versions plus classiques si vous les connaissiez auparavant : attention ce disque est contagieux ! Cette manière de chanter un peu en décalage avec la tradition n'est pas inintéressante, d'autant que Julien parvient à conserver une certaine sincérité dans l'interprétation, ce qui manque à mon sens à pas mal de tenants de la nouvelle chanson française actuelle. Mais n'oublions pas les trois musiciens qui l'accompagnent : Grégory dont le jeu de vielle progresse toujours et qui assure ici la plus grosse partie du travail instrumental (ne vous méprenez pas à l'écoute du CD : la vielle ce n'est pas que le chien…), J.L. Cayzac et M. Riou aux accompagnements inventifs mais jamais envahissants. N'oublions pas non plus que Julien ne fait pas que chanter et ses parties de cornemuse valent également l'écoute du CD (il manie également le violon et l'oud). Un dernier mot pour saluer le choix du répertoire qui pioche dans les collectes d'Achille Millien, de Barbillat-Touraine pour ce qui n'est pas des compositions de Julien (il y en a également une de Marc Riou )
Le 11 10 2007 par
Jean-Luc Matte